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Le fer que nous trouvons dans la nature se
présente sous la forme d'une roche de couleur rouille plus ou moins foncée
(agglomérat d'oxyde de fer et de sédiments divers). Celui que nous trouvons en
Lorraine (connu depuis l'antiquité) a commencé à être exploité industriellement
à la fin du siècle dernier.
On l'appelle la
"Minette".
Définition
Petit Larousse: Minette: (diminution de mine)
Minerai de
fer lorrain assez pauvre en fer (28 à 34 %). Phosphoreux,mais se traitant bien
en haut-fourneau.
D'où viens-tu Minette?
Pour répondre à cette question, il faut tout
d'abord se rappeler que notre terre est enveloppée d'une croûte (un peu comme
une orange) appelée "croûte terrestre". Son épaisseur est d'environ 35 km sous
les continents (croûte continentale) et d'une dizaine de km sous les océans
(croûte océanique).
Or, il y a environ 230 millions d'années, au
début de l'ère secondaire et durant la période du Trias, il n' y avait très
schématiquement au milieu d'un grand océan qu'un seul "grand continent" que l'on
appelle la Pangée. Il était alors composé d'une partie Nord et d'une partie Sud
séparées à l'Est et au niveau de l'équateur par la mer TETHYS que nous pouvons
considérer comme l'ancêtre de notre mer méditerranée. Le manteau inférieur de
notre terre (partie magmatique qui sépare la croûte du noyau terrestre) en
perpétuelle ébullition a, avec M. Temps qui n'a pas d'âge, continué de briser et
disloquer cette grande étendue de terre en une multitude de plaques dites
lithosphériques (ou tectoniques; on en compte actuellement 8 grandes).
Lorraine tropicale
Et
ainsi, nos régions actuelles, situées à l'époque entre l' équateur et le
Tropique du Cancer sur la très grande plaque Eurasiatique, vont dériver sur ce
manteau magmatique (l'asthénosphère) du Sud vers le Nord.
Bien sûr tout ceci
ne se passait pas sans certaines bousculades : les plaques qui flottaient sur
l'asthénosphère se poussaient, s'entrechoquaient ou passaient les unes sous les
autres (subduction), provoquant tremblement de terre et éruptions volcaniques.
Des montagnes émergent, des mers disparaissent et inversement.
Et la Pangée continue de se
disloquer et de se disperser, chaque plaque suivant son petit bonhomme de chemin
en compagnie de Messieurs Tectonique et Érosion.
A cette époque, nos régions "chahutées"
voyaient se succéder pluies tropicales et grandes sécheresses. La physiologie et
la nature des sols étaient telles que toutes les conditions étaient réunies pour
la mise en solution, puis la sédimentation chimique d'éléments comme la silice,
l'aluminium ou le fer.
En passant par les Ardennes avec mes
Oolithes
Et il y a quelque 175 millions d'années,
durant la période Jurassique, la pluie tropicale lessive les roches ardennaises.
Les argiles qui émergent des côtes sont des fournisseurs actifs d'oolithes.
Les débris ferrugineux emportés par les
courants sont entraînés par les eaux des rivières, puis par la mer. Dans la zone
de mélange avec l'eau de mer, le fer se précipite sous forme de croûtes agitées
par les vagues. Des bactéries réduisent et mobilisent le fer autour des
excréments de crustacés. Plus de 60 m de ces sédiments s'accumulent dans le
bassin de Briey, une douzaine dans notre bassin de Nancy Sud.
C'est ce phénomène de vaste étendue et qui se
perpétue sur des millénaires qui a créé la précieuse réserve.
La grande aventure d'Oolithe qui
voulait "se fer"
oolithe: du grec OO = petit
oeuf et LITHOS = la pierre, en français, petit grain de pierre ferreuse
L'Oolithe, que tout le monde trouvait
rondelette, est née il va quelque 175 millions d'années dans les Ardennes, qui
viennent de franchir la ligne du Tropique du Cancer pendant la dérive de la
Pangée vers le Nord.
De
nombreux chercheurs ont tenté de raconter l'itinéraire et l'aventure de
milliards de ses congénères accumulés dans le caveau familial : la minette.
La minette a
fourni des milliards de tonnes de minerai à l'Homme qui en a extrait le fer dans
ses hauts-fourneaux. Mais un voleur plus fort encore a précédé l'être humain:
c'est l'érosion tertiaire qui jusqu'à l'époque actuelle a décapé une grande
partie des gisements de minerai, ce qui provoque des difficultés lors des
reconstitutions.
Mais qui sont-ils vraiment ces oolithes ?
Les oolithes sont très petites, ont la forme
d'un œuf et sont plus ou moins allongées.
Cassé en deux, ce grain présente des cercles,
autour d'un même centre, dus à l'enrobage successif des fines concrétions ocres
formées de Goethite, un hydroxyde de fer connu aussi sous le nom de Limonite.
Leur noyau est souvent composé d'un grain de fer ou d'un fragment d'Oolithe plus
rarement d'un grain de quartz ou d'un fragment de coquille de carbone.
En Lorraine, ce sont de très petits objets,
dont la taille moyenne varie entre 200 et 500 microns: 0.2 à 0.5 mm.
Recherche Béatrice DARTOY secrétaire A.M.O.
D'après la revue "Cailloux" n°
JO p. 35-36
VAL DE FER : Composition
des couches de minette
- 2 couches exploitables dont la
puissance, c'est-àdire la hauteur exploitable, est de 2 à 2,5 m environ variant
entre 60 et 200 m de profondeur.
-
la couche
supérieure basique, c'est-à-dire dont l'indice CaO(chaux) / SiO2 était de
l'ordre de 1,4 / 1, 5,
-
la couche
inférieure acide, c'est-à-dire dont l'indice CaO / SiO2 était inférieur à 1,0.
Pour qu'un Haut-Fourneau marche bien, il faut
que l'indice du minerai chargé soit de l'ordre de 1,3, d'où les mélanges
nécessaires entre les diverses couches d'exploitation de la mine.
Malheureusement au Val de Fer, la teneur en Fe
est d'autant plus forte que le minerai est acide. Par exemple, il y avait des
emplacements (Sivrite) où la teneur en fer était > à 45 %, mais avec un indice <
à 0,8 !
Toutes les teneurs en Fer du minerai sont
exprimées sur le produit sec : mais le minerai lorrain contient de 10 à 12 %
d'eau, c'est-à-dire qu'un minerai déclaré à 33 % de fer ne fait que 30 % à peine
!
Chaque couche est constituée de "strates"
homogènes de quelques centimètres d'épaisseur: par exemple dans une "couche",
il peut y avoir une vingtaine de strates homogènes et qui peuvent varier
fortement en teneur en fer et en indice : cela peut aller de quelques
« pourcents » de Fe avec un indice de 3 unités, c'est-à-dire presque du
calcaire, jusqu'à 45 voire 50 % de fer, mais un indice de 0,6 : c'est l'ensemble
de ces strates qui forme la couche. Le minerai lorrain a plusieurs défauts
structurels (mais les autres minerais peuvent en avoir d'autres !).
- la teneur en Phosphore de l'ordre de 0,8 %,
ce qui donne des fontes à plus ou moins 2 % de Ph. qu'il faut enlever pour avoir
des aciers utilisables. (Avec de la chaux à l'aciérie, procédé Thomas, OBM,
...). .
- la teneur en
Arsenic est du même ordre que celle du Phosphore, mais on ne sait pas le retirer
industriellement : ceci empêchait les aciers lorrains d'être utilisés pour
certains usages : par exemple les baguettes de soudure pour l'industrie navale.
- le minerai a
aussi une certaine teneur en Zn qui avait le défaut de se déposer à l'intérieur
des Hauts-fourneaux et de créer des accrochages aux environs du gueulard (
ouverture d’enfournement en haut du fourneau ), qui s'écroulaient ensuite dans
la charge normale créant des blocages de creuset. Ce n'était d'ailleurs pas la
seule source de blocage: il pouvait y avoir des erreurs dans les mélanges des
minerais acides et calcaires : un excès de calcaire conduisait à un blocage.
- pour pallier ce défaut, il fallait maintenir
la température au gueulard supérieure à 100°C/120°C mais au détriment de la
mise au mille de coke (quantité de coke nécessaire pour fabriquer une
tonne de fonte).
Jean
Mercier, centralien

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